- Accueil
- Lutte ouvrière n°3033
- Contre le grand capital, respectueusement
Leur société
Contre le grand capital, respectueusement
Lors de la Fête de l’Humanité, Fabien Roussel, dirigeant du PCF et candidat à l’élection présidentielle, a livré un discours enflammé, doublant très nettement sur sa gauche l’insoumis en chef, Jean-Luc Mélenchon.
L’orateur a demandé aux travailleurs de se rendre dès maintenant sur les ronds-points et devant les préfectures. Il les a appelés à participer à tout mouvement qui leur serait proposé, à commencer par les journées syndicales prévues à EDF, dans la fonction publique etc. Puis le candidat a flétri les rentes des actionnaires, l’envolée des cours du CAC 40 et a même promis de nationaliser Total comme Renault l’avait été en 1945 et selon lui pour la même raison : l’immoralité des profits de guerre.
Ce discours pétaradant, évidemment sans conséquences pratiques tant il est contradictoire avec la politique quotidienne du PCF, n’a pas empêché le débat, qui se voulait et fut poli et respectueux, du même Roussel avec Patrick Martin, président du Medef et donc porte-parole autorisé des rentiers du CAC 40 et de Total, entre autres. Cet échange courtois avait été précédé d’un autre, non moins civilisé, entre Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, et Jean-Louis Farandou, ministre du Travail et ex-patron de la SNCF. La syndicaliste a tenté de convaincre le ministre de la nécessité d’augmenter le smic, sans succès on s’en doute.
Ce type de débats, à la fête de l’Humanité comme dans la presse du PCF, accrédite l’idée que les intérêts des travailleurs peuvent être défendus par des arguments raisonnables, au nom de l’intérêt commun des entreprises et des salariés, pour le bien du pays tout entier. Fabien Roussel parlait même plaisamment de « match retour » du débat avec les candidats à l’élection présidentielle organisé par le Medef, au stade Roland-Garros, le 27 août.
C’est bien ainsi que le dirigeant de ce qui fut, il y a très longtemps, un parti révolutionnaire considère qu’on doit mener la lutte de classe : en habits bien repassés, devant un arbitre impartial et un filet infranchissable pour empêcher toute violence entre les forces en présence.