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France-Afrique : en avant pour le pillage
Un sommet entre la France et les pays africains se tenait les 11 et 12 mai à Nairobi, la capitale du Kenya. Le fait que cette rencontre entre hommes politiques et dirigeants d’entreprise se tienne dans un pays anglophone devait, selon Macron, symboliser la nouvelle orientation de la politique française en Afrique.

Emmanuel Macron y a ainsi affirmé que l’époque où cette politique se résumait à la mainmise exclusive sur les anciennes colonies était révolue. Les temps seraient désormais aux « partenariats gagnant- gagnant » avec tous les pays africains. Le nom même de ces sommets a ainsi évolué au fil des ans pour donner l’illusion que les intérêts africains, et non de la France, étaient au centre de la réunion. On est passé de sommets France-Afrique à Afrique-France et maintenant Africa Forward (Afrique en avant), montrant ainsi la volonté de s’adresser aux pays anglophones. Mais dans les anciennes colonies françaises comme dans les autres pays africains, ce sont toujours les seuls intérêts de l’impérialisme français qui sont défendus par Macron, perpétuant la logique de pillage du continent qui a toujours été celle des grandes entreprises françaises.
Le sentiment de révolte éprouvé par la population face à ce pillage a certes entrainé l’éviction de l’armée française du Niger, du Mali et du Burkina Faso, décidée par les dirigeants de ces pays. Des entreprises comme Orano ont aussi dû plier bagage. Cependant l’impérialisme français est toujours présent dans bien des pays de la région. Orange, Bouy- gues et bien sûr TotalEnergies s’y taillent toujours la part du lion, et les vieilles recettes y sont encore à l’honneur. Au Cameroun, la France soutient à bout de bras le vieux dictateur Paul Biya, comme elle le fait pour Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville. Au Bénin, en décembre, ce sont les militaires français qui ont sauvé la mise au président Patrice Talon, menacé par un coup d’État.
Parallèlement, les entreprises françaises, à commencer par les plus grosses, lorgnent de nouveaux marchés au Kenya, en Angola ou au Nigeria. Les sommets comme celui de Nairobi, où les chefs d’entreprise français peuvent prendre langue avec leurs homologues africains et avec les hommes politiques du continent, servent à faciliter ces nouvelles implantations. Le dirigeant du groupe CMA CGM, Rodolphe Saadé, a ainsi signé en présence d’Emmanuel Macron et du président du Kenya, William Ruto, un accord de plusieurs centaines de millions d’euros pour la modernisation, c’est-à-dire la prise en main des grandes infrastructures logistiques du pays, ports, transports ferroviaires, entrepôts. Cela peut lui ouvrir la porte de toute l’Afrique de l’Est et vient s’ajouter aux nombreux projets que la compagnie a en cours en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Congo ou au Nigeria. Bien d’autres entreprises françaises devraient s’engager dans le sillage de ce navire amiral. Les populations des pays concernés n’en tireront aucun avantage, car ces infrastructures serviront surtout à délester l’Afrique de ses richesses minérales ou agricoles.
Comme au temps des colonies, les rapports entre la France et l’Afrique, tous pays confondus, ne sont réglés que par la loi du plus fort, celle de l’échange inégal entre trusts des pays riches et producteurs des pays pauvres. Les paroles des présidents, français ou autres, ne risquent pas de masquer cette réalité évidente aux yeux des populations qui, à chaque révolte, cherchent à juste titre à s’en prendre aux intérêts impérialistes.