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Leur société
France-Algérie : retaillage diplomatique
La ministre déléguée des Armées et des anciens combattants du gouvernement Macron, Alice Rufo, a fait le déplacement à Sétif, dans le nord-est de l’Algérie, pour participer aux commémorations officielles des massacres du 8 mai 1945.
Après dix-huit mois de tensions diplomatiques, toute symbolique qu’elle est, la visite scellerait le dégel des relations entre Paris et Alger. Alice Rufo est restée mesurée dans ses déclarations devant les officiels algériens : « La vérité, c’est que le 8 mai 1945, alors que la France célébrait la victoire contre la barbarie, en même temps, il y avait des événements tragiques qui se passaient à Sétif, Guelma et Kherrata. » Parler « d’événements » à propos de l’Algérie est digne d’une ministre d’une République française qui, de 1954 à 1962, parlait des « événements d’Algérie » pour ne pas utiliser le terme de guerre. Les massacres de mai 1945 en avaient été le prologue sanglant.
Ce déplacement de la ministre, ainsi que le retour de l’ambassadeur de France en Algérie – qui s’accompagne de celui de son homologue algérien à Paris – marquent la volonté du gouvernement français de mettre fin aux tensions de ces derniers mois entre la France et l’Algérie. Celles-ci avaient été provoquées, à l’origine, par le fait que, renonçant à sa neutralité sur la question du Sahara, la diplomatie française avait appuyé la politique d’annexion du Maroc, alors que l’Algérie, elle, soutient les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Mais la surenchère de la droite et de l’extrême droite avait encore envenimé la situation. Retailleau, devenu ministre de l’Intérieur, n’avait cessé de mettre de l’huile sur le feu, menaçant notamment de dénoncer les accords avec l’Algérie, afin de chasser des voix sur le terrain du RN avec la présidentielle de 2027 en ligne de mire.
Le gouvernement de Lecornu tente, lui, de rétablir des relations plus apaisées avec le pouvoir algérien, susceptible de jouer un rôle stabilisateur dans le Sahel. Et bien des capitalistes français ont des raisons de vouloir ce rapprochement, du fait de leurs investissements en Algérie et des contrats commerciaux qu’ils souhaitent préserver.
Alors tout cela vaut bien qu’une ministre participe à une cérémonie, sans même avoir à reconnaître réellement ce qu’ont été les massacres de Sétif et leur ampleur. « Il faut être maboul pour se fâcher avec l’Algérie », avait déclaré Macron le 27 avril, en désignant Retailleau, dont la démagogie finissait par nuire aux intérêts de l’impérialisme français dans cette région du Maghreb.