Frichti : la sale cuisine patronale 16/09/2026 2026 Journal /medias/journalarticle/images/2026/09/P12-2_Frichti_ok_Lupo.jpg.420x236_q85_box-5%2C0%2C1033%2C578_crop_detail.jpg 2026-09-16

Leur société

Frichti : la sale cuisine patronale

Jeudi 10 septembre s’est ouvert le procès des deux anciens dirigeants de « Frichti », une entreprise de livraison de repas, poursuivis pour travail dissimulé et emploi illégal d’étrangers.

Illustration - la sale cuisine patronale

« Livreur de bonheur » était le slogan affiché par la start-up lancée en 2015, encensée alors comme le « Uber Eats à la française », avec scooter électrique et repas de qualité confectionnés à partir de produits sains et « en circuit court ». Rapidement, les livraisons passèrent à des auto-entrepreneurs, souvent des travailleurs sans papiers.

Contraints de payer leur tenue 90 euros et à travailler sans discontinuer pour gagner l’accès aux créneaux les plus recherchés via un système de classement interne, les livreurs n’avaient « d’entrepreneurs » que le nom. La livraison de produits d’épicerie conduisit à rendre les sacs de plus en plus lourds – jusqu’à 15 kg, le triple du poids maximal autorisé – tandis que les rémunérations chutaient à quelque 1 500 euros mensuels pour 60 heures de travail par semaine.

La dégradation se poursuivit jusqu’à une première grève d’un mois et demi en 2020, en pleine pandémie. « Pendant le confinement, je voyais des femmes enceintes et des mamies qui ne pouvaient pas aller faire leurs courses, je me suis senti utile. Avec les autres collègues, on s’appelle “les soldats” ou les “tirailleurs sénégalais” », témoignait un des livreurs.

Ceux-ci contraignirent Frichti à accorder à la moitié d’entre eux une reconnaissance d’activité professionnelle ouvrant la voie vers une régularisation. C’était la première grève d’auto-entrepreneurs portant cette revendication. Puis une seconde grève importante eut lieu quand l’entreprise, mise en redressement judiciaire, chercha à mettre des livreurs à la porte du jour au lendemain.

En 2020 déjà, les dirigeants feignaient de découvrir la situation des livreurs, rejetant la faute sur des sous-traitants. Ils prétendent aujourd’hui avoir été « dupés » sur l’emploi de travailleurs sans- papiers : l’équipe de stagiaires chargée de vérifier les papiers aurait mal fait son travail !

En plus de ce procès, 200 livreurs attendent le résultat d’une procédure aux prud’hommes pour obtenir des indemnisations et une requalification de leur contrat de travail. Plusieurs assistent au procès de leurs anciens patrons pour dénoncer leurs mensonges de vive voix.

C’est bien grâce à la mobilisation des travailleurs et à leur détermination que l’hypocrisie et la cupidité des patrons de Frichti ont pu apparaître au grand jour.

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