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Leur société
Golfe : le porte-avions se hâte lentement
En collaboration avec le Royaume-Uni, la France envoie le porte- avions Charles-de-Gaulle vers le Golfe, avec sa vingtaine de Rafale et son escorte de frégates, sans qu’on sache vraiment ce qu’il y ferait.
Après avoir quitté la mer Baltique début mars et stationné deux mois en Méditerranée orientale, le porte-avions français a franchi le canal de Suez le 6 mai et s’est dirigé vers la région du Golfe. Le but serait de le « prépositionner » en cas de déclenchement d’une mission pour rétablir la navigation dans le détroit d’Ormuz, d’après le ministère des Armées. Cette décision est dans la continuité de la politique du gouvernement français depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran : rester à distance des belligérants tout en étant présent.
Pour cette raison, le porte-avions français se hâte lentement pour arriver près du détroit d’Ormuz. De toute façon, que pèse-t-il, même rejoint par un bâtiment britannique ? Pas grand- chose. Quoi qu’en dise Trump, l’administration américaine n’attend rien de l’impérialisme français pas plus que d’aucune autre puissance européenne d’ailleurs.
Le régime iranien menace de prendre pour cible le Charles-de-Gaulle s’il franchissait le détroit d’Ormuz, ce qui se comprend car ce serait de fait un acte de guerre : si l’armada française devait utiliser ses armes, ce serait contre l’Iran, comme les Rafale le font pour protéger le ciel des monarchies du Golfe. Alors, quand Macron continue de prétendre que la France n’est pas engagée dans la guerre contre l’Iran, le mensonge est destiné à l’opinion française. En fait, à pas comptés et à la mesure de ses moyens militaires, le petit impérialisme français ne veut pas s’effacer. Ne pas disparaître, cela passe par la tournée que le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a faite début mai dans les monarchies du Golfe, et cela passe aussi par la progression, pour l’instant très symbolique, du Charles-de- Gaulle vers le foyer de l’incendie.
L’agitation diplomatique et militaire orchestrée par le gouvernement français a peu de poids pour rétablir la liberté du commerce et la sécurité dans le détroit d’Ormuz. L’enjeu est que dans le chaos ouvert dans le Golfe persique et au Moyen-Orient, les intérêts des capitalistes français soient représentés et défendus, et pas seulement ceux de CMA CGM et TotalEnergies, pour le présent et dans l’avenir. Pour l’instant, cela se manifeste par des gesticulations, des démonstrations toutes symboliques d’une prétendue puissance militaire, mais demain, cela peut le conduire à se joindre à la guerre dans le sillage des États- Unis.