Grand Frais : grande exploitation07/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2997-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Grand Frais : grande exploitation

Apollo, un fonds d’investissement américain, va racheter 70 % de Prosol, principal opérateur de l’enseigne de supermarchés Grand Frais.

Le montant de la transaction avoisinerait les 4 milliards d’euros. Ardian, le fonds d’investissement qui vend ses parts à Apollo, les avait payées 1,7 milliard d’euros en 2017 ; il aura donc triplé sa mise en sept ans.

Le PDG de Prosol a annoncé dans la foulée le recrutement de 3 500 salariés supplémentaires en 2026. Reste à savoir qui les embauchera vraiment, puisque les 10 000 salariés qui travaillent dans les magasins ne sont pas employés par Grand Frais. En effet, Grand Frais n’est pas une entreprise, mais une enseigne exploitée par un GIE (Groupement d’intérêts économiques), qui regroupe plusieurs opérateurs juridiquement distincts : Prosol, qui gère notamment les fruits, légumes, la marée et les produits laitiers, Despi, pour la boucherie, et Euro Ethnic Food, pour l’épicerie. À l’intérieur d’un même magasin, les salariés dépendent donc de plusieurs employeurs différents. Ils peuvent même ne pas être employés directement par l’un des trois principaux opérateurs, mais par des micro-sociétés formellement indépendantes. Ainsi, lors de l’ouverture d’un magasin aux Sables-d’Olonne en 2023, Prosol avait créé quatre petites structures distinctes, pour les légumes, la fromagerie, etc., dont aucune ne dépassait 11 salariés. Cette technique lui permet d’échapper aux quelques obligations légales auxquelles sont soumises les grandes entreprises, notamment pour la représentation syndicale.

En 2023, lorsque des syndicats ont malgré tout obtenu, par une décision de justice, la reconnaissance d’une « unité économique et sociale » entre plusieurs magasins de la région lyonnaise et l’organisation d’élections professionnelles, la direction a fait pression et réussi à imposer la victoire d’un syndicat maison ; d’après un syndicaliste cité par Le Monde, un dirigeant de Prosol, « qui réside en Suisse et que les salariés n’avaient jamais vu, est même venu en personne, se positionnant à l’entrée du bureau de vote pour faire comprendre à celui qui votait au premier tour que c’était fini pour lui ».

Ce type de méthodes permet à Grand Frais d’imposer des salaires bas, des horaires à rallonge et des cadences encore plus élevées que dans le reste de la grande distribution. Et c’est très rentable : en 2024, Son chiffre d’affaires a atteint 4,6 milliards d’euros, en hausse de 15 %. Le fondateur de Prosol, Denis Dumont, est la 14e fortune française parmi les résidents français en Suisse, et ceux des autres opérateurs, la famille Despinasse et la famille Badahourian, figurent eux aussi dans le classement des 500 plus grandes fortunes françaises.

Mais ces techniques de division n’ont pas empêché des travailleurs de plusieurs magasins dans la Loire et le Rhône de se mettre en grève en 2023 pour des augmentations de salaire. Pour mettre un coup de frais dans ces pratiques moisies, cela reste la seule méthode !

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