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Leur société
Macron et Trump : entre bandits, on se comprend
Suite au kidnapping de Maduro, Macron a déclaré que le peuple vénézuélien ne pouvait que « se réjouir », ce qui revenait à apporter un soutien total à Trump.

Quelques jours plus tard, Macron a fini par émettre quelques réserves en déclarant que « la méthode utilisée » n’était « ni soutenue ni approuvée par la France ». Il faut dire que les autres chefs d’État européens, tout en étant solidaires de Trump, avaient pris la peine de rappeler leur attachement au « droit international » et à la « souveraineté » du Venezuela. Le ministre des Affaires étrangères de Macron lui-même, Jean-Noël Barrot, avait écrit sur X que « l’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolas Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international ».
Macron a rectifié le tir en paroles pour faire moins mauvaise figure. En tant que chef d’un État impérialiste, il est en effet bien placé pour savoir que la défense des intérêts capitalistes dans le monde ne doit pas s’embarrasser de scrupules. Le fameux « droit international » est écrit par les plus grandes puissances, et c’est en conformité avec lui que, le 3 janvier, quelques heures après la capture de Maduro, l’armée française a bombardé le centre de la Syrie, près de Palmyre, en collaboration avec celle du Royaume-Uni. Le prétexte n’était pas cette fois-ci le narcotrafic ni l’immigration, mais la lutte contre le terrorisme de Daesh. Au nom de la participation depuis 2015 à la coalition internationale contre cette organisation, France et Royaume Uni s’arrogent donc le doit de bombarder des cibles au Moyen Orient sans avoir à le justifier puisque c’est dans le cadre du « droit international ».
Concernant le « respect de la souveraineté » des États, l’État français a des siècles d’expérience en matière d’ingérence, de violence à l’égard des pays pauvres et même de capture et de déportation de dirigeants nationalistes – une méthode récurrente de l’armée française, de la déportation de Toussaint Louverture en 1802 pour briser la révolte haïtienne au détournement en 1956 d’un avion transportant cinq cadres du FLN algérien pour les emprisonner en France, ou encore, tout récemment, l’emprisonnement du nationaliste kanak Christian Tein en métropole, à des milliers de kilomètres de chez lui. Asservir un pays pour y trouver des marchés et des débouchés est le principe même du colonialisme, dont la France fut une championne pendant plus d’un siècle. Et même depuis la décolonisation, la défense des intérêts capitalistes français dans le monde a toujours été assurée par les armes : sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires, les interventions militaires françaises en Afrique et au Moyen Orient n’ont jamais cessé, avec leur lot de barbouzeries pas plus reluisantes que l’enlèvement de Maduro, et de manipulations de l’opinion.
La France fait donc depuis bien longtemps, de façon plus ou moins discrète, ce que les États-Unis font aujourd’hui en public ; la seule différence réside dans la capacité d’action et la puissance. À cet égard, on comprend que la première réaction d’Emmanuel Macron était sans doute la plus sincère.