Marins pêcheurs : les gros poissons mangent les petits 16/09/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/09/une_3033-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg 2026-09-16

Leur société

Marins pêcheurs : les gros poissons mangent les petits

Dans la nuit de lundi à mardi 15 septembre, plusieurs dizaines de marins pêcheurs ont bloqué un dépôt pétrolier Total, à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Ils ont été évacués sans ménagement par les CRS au bout de quelques heures.

Mercredi 16, d’autres marins-pêcheurs bloquaient un dépôt pétrolier dans l’Hérault et un ferry à Sète. Ce mouvement s’inscrit dans une série de protestations autour de la situation de la pêche maritime en Méditerranée qui empire d’année en année. L’envolée actuelle des prix du carburant, malgré les subventions publiques sur le diesel marin, menace désormais la rentabilité de cette pêche, au moins pour une partie des bateaux, et attise la colère des équipages.

La Méditerranée, mer fermée et exploitée depuis des millénaires, a subi plus précocement et plus gravement que les grands océans la pollution, le réchauffement, le danger d’extinction des espèces animales et végétales. Depuis 2019, l’Union européenne a donc mis en place un plan, dit WestMed, pour y réglementer la pêche. Il s’agit de laisser les espèces de poissons se reconstituer, puis de calculer, chaque année, qui peut pêcher quoi et en quelle quantité.

Le nombre de jours de sortie des bateaux a été divisé par deux, voire par trois. La taille minimum des mailles de filet a été augmentée, de façon à épargner les juvéniles. Les quotas par espèce, par bateau, par zone, par date, ont été multipliés, imposés et contrôlés. Ces mesures, appliquées depuis des lustres, par exemple dans les pêcheries de l’Atlantique et de la Manche, n’empêchent pas la baisse menaçante des espèces. Mais, couplées à des aides variées, elles concourent à étouffer à feu doux la pêche artisanale, les petits bateaux et leurs équipages.

Ainsi, en Méditerranée, le nombre de chalutiers de 18 à 25 mètres basés en France est passé de 150 en 2010 à 43 cette année, laissant places aux navires les plus modernes, avec moins de marins mais rapportant toujours autant de poisson. Les petits bateaux, ils sont encore des centaines, sont aujourd’hui les plus menacés car ils sont les plus sensibles à la hausse du prix du diesel : plus le bateau est grand moins il consomme d’énergie par kilo pêché. Les subventions publiques, comme partout ailleurs, ont aidé les grands patrons (pêcheurs en l’occurrence) à grossir pendant qu’elles achetaient, souvent bien mal, le silence des petits, incités à partir en retraite en mettant leur bateau à la casse.

Quant aux salariés du secteur, plus de 1 700 marins en 2021 et des milliers de travailleurs à terre, ils ne comptent pour rien dans les calculs de leurs patrons, ni dans les plans de l’UE ou dans la politique gouvernementale.

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