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Leur société
Teknival de Bourges : le sens de la fête selon Nuñez
Le festival de musique non autorisé qui a rassemblé près de Bourges, entre le 1er et le 3 mai, 17 000 « teufeurs » selon la police et jusqu’à 40 000 selon les organisateurs, a mis en émoi nombre de représentants de droite et macronistes. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en a fait une affaire personnelle.
On peut comprendre les inquiétudes des agriculteurs lorsque leurs terres sont envahies par ce type de « free parties ». On peut aussi entendre celles des communes qui redoutent les nuisances et les déchets laissés sur place, et le désagrément des voisins à qui les organisateurs imposent trois jours de musique non-stop. Mais en l’occurrence, les festivaliers avaient investi un terrain militaire près de la ville natale du ministre. Ils voulaient par ce choix protester contre une proposition de loi qu’il soutient et qui vise à renforcer la pénalisation de telles fêtes non déclarées ou interdites. Adopté à l’Assemblée nationale, le texte doit encore être voté par les sénateurs ; il prévoit jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour les organisateurs.
Nuñez a donc répondu aux organisateurs par une surenchère sécuritaire. Il a notamment évoqué la présence de munitions sur le site, affirmant que plusieurs obus y avaient été découverts. Mais qui est le plus irresponsable : les occupants ponctuels du site ou ses gestionnaires qui laissent traîner leurs obus ? Quant à la consommation de drogue pointée par le ministre, elle n’est pas une spécificité de ces festivals et l’usage de substances nocives gangrène tout autant les boîtes de nuit branchées de la capitale.
Peu importe : le ministre avait l’occasion de montrer ses muscles et ne s’en est pas privé. Le site a été bouclé, avec 19 points de contrôle à la sortie, près de 20 000 personnes contrôlées, et des centaines d’amendes de 135 euros distribuées. Certains participants ironisent : cela reste, disent-ils, moins cher qu’un billet de concert. Mais Nuñez promet de sévir encore plus à l’avenir contre ce qu’il appelle des « organisations sauvages ».
En matière de sauvagerie, il s’y connaît : à Nantes, en 2019, le jeune Steve Maia Caniço s’était noyé lors d’une opération policière violente contre des jeunes qui avaient prolongé la fête de la musique au-delà de l’heure autorisée. Laurent Nuñez, alors secrétaire d’État à l’Intérieur, déclarait que « l’usage de la force [avait] été proportionné ». Quelle « proportionnalité » le gouvernement entend-il appliquer aux prochains rassemblements festifs ?