Ukraine : le nerf de la guerre… à la population12/05/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/05/une_3015-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-05-12

Dans le monde

Ukraine : le nerf de la guerre… à la population

La Première ministre ukrainienne, Youlia Sviridenko, vient d’annoncer qu’elle voulait augmenter de 1 560 milliards de grivnas (30 milliards d’euros) ce que son budget 2026 affecte aux forces armées et de sécurité.

Cette énorme augmentation provient essentiellement de l’aide que l’Union européenne (UE) accorde à l’Ukraine cette année. Car, pour la première fois, l’UE l’a autorisée à prélever sur les fonds européens pour relever les salaires et les dotations en équipements des militaires et des membres des diverses forces de police.

Depuis des mois, des officiels ukrainiens, devant reconnaître que leur armée compte au moins 150 000 déserteurs, attribuent cela à la trop faible solde des engagés. L’UE a-t-elle entendu leur demande de rendre le statut d’engagé plus attirant financièrement ? En tout cas, elle mène là une politique de charité bien ordonnée, car l’UE considère comme un investissement pour ses propres capitalistes, dont ceux de l’armement, le fait que Kiev puisse continuer à envoyer de la chair à canon sur le front face aux troupes de Moscou.

Quant aux membres des organes de sécurité – garde-frontières, Garde nationale, SBU (la police politique ukrainienne), policiers – affecter une partie de l’aide européenne pour parfois doubler leur paie répond à une logique du même ordre.

En compensant la faiblesse de leur salaire nominal par le prélèvement de pots-de-vin, les policiers ukrainiens, notoirement corrompus, ne suscitent guère la sympathie de la population. Pourraient-ils faire face à sa colère, si elle venait à éclater contre le système qu’ils doivent protéger ? Le régime ukrainien et ses parrains occidentaux n’ont guère envie de le vérifier.

Depuis quatre ans, le pouvoir exige toujours plus de sacrifices de ses classes populaires, tandis qu’aux privations et aux horreurs de la guerre s’ajoutent les « prélèvements » d’une bureaucratie insatiable. Pour jeter du lest, le régime démet et envoie régulièrement en prison des ministres, des généraux, accusés de prévarication et de détournements d’argent. Cet automne, sept dirigeants proches du président Zelensky et un de ses associés en affaires ont été inculpés : ils avaient pillé des fonds destinés à construire des défenses et à équiper les simples soldats. Ces jours- ci, le quotidien Ukrainska Pravda a publié des enregistrements d’inculpés d’où il ressort que Zelensky, jusqu’alors épargné, aurait aussi bénéficié de cette corruption au sommet de l’État.

Le parquet anti-corruption va-t-il demander publiquement des comptes au chef de la pyramide bureaucratique qui dirige le pays ?

La sortie d’affaires qui affaiblissent Zelenski et son gouvernement a sans doute été « aidée » par d’autres. Par les services de renseignement américains, par exemple, afin de forcer la main à Zelensky dans les pourparlers de paix qui s’éternisent avec Moscou. Il peut aussi s’agir de clans rivaux au sommet de l’État, qui voudraient pousser vers la sortie un Zelensky usé et démonétisé.

Début mai, le ministre du Travail d’Ukraine a révélé que la population du pays avait diminué de moitié de 1991 à aujourd’hui. Du fait de la guerre, de l’émigration et de la crise démographique, elle est passée de 48 millions à 22-25 millions dans les territoires que Kiev contrôle. Qu’importe, assure le député Merejko, du parti de Zelensky : le pays compte assez d’habitants pour continuer la guerre encore longtemps. Avec l’aide, ô combien intéressée de l’UE !

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