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Yémen : l’enlisement saoudien
Les 10 et 11 septembre, les Houthis au pouvoir dans le nord-ouest du Yémen - qui regroupe 70 % de la population - se sont emparés du port de Mokha dans le sud-ouest du pays, puis de l’île de Mayyoun, au cœur du détroit de Bab el-Mandeb.

Un passage maritime stratégique puisqu’il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et constitue l’une des principales voies commerciales entre l’Asie et l’Europe.
Les Houthis continuent ainsi à défier la monarchie saoudienne qui bombarde sans relâche le pays et a provoqué la fuite de 86 000 Yéménites. Certains cherchent un refuge jusqu’à Djibouti. Les forces sur lesquelles le régime saoudien s’appuie sur le terrain sont un ensemble hétéroclite de milices, dont celle dirigée par le neveu du dictateur déchu Ali Abdallah Saleh. Présentées comme formant le gouvernement légitime par les dirigeants impérialistes, elles se sont effondrées devant l’offensive des Houthis.
La monarchie saoudienne, de son côté, considère le Yémen comme sa chasse gardée. Elle cherche depuis des années à combattre ce qui était au départ un mouvement religieux, né dans les années 1990 au sein de la minorité chiite yéménite, qui luttait contre la propagation du wahhabisme utilisé par les dirigeants saoudiens comme une sorte de cheval de Troie au Yémen. Le mouvement houthi se transforma en un mouvement politique lors du printemps arabe en 2011, dans la lutte contre Ali Abdallah Saleh, allié des puissances impérialistes et de l’Arabie saoudite.
C’est pour tenter de rétablir un pouvoir qui lui était inféodé, que, le 25 mars 2015 l’Arabie saoudite, avec l’accord des États-Unis, déclencha contre le Yémen l’opération baptisée « tempête décisive ». Ce furent huit années de bombardements, de blocus, qui entraînèrent des déplacements massifs de population et de graves pénuries alimentaires et médicales. Au bout de huit ans d’une guerre qui fit près de 400 000 morts, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, se résigna en avril 2022 à accepter une trêve pour tenter de se sortir de l’enlisement. Mais force est de constater qu’il y est toujours.
L’Arabie saoudite craint que les Houthis ne s’emparent du port d’Aden, la plus grande ville du pays, et le passage de ses pétroliers pourrait désormais être menacé dans les deux détroits, celui de Bab el-Mandeb comme celui d’Ormuz, situé de l’autre côté de la péninsule arabique. Mohammed ben Salmane cherche donc frénétiquement des soutiens. Il devait rencontrer en Égypte le président al-Sissi pour obtenir la garantie qu’il intervienne si nécessaire, pour protéger Bab el-Mandeb. Il a reçu le 14 septembre le chef du Commandement central américain pour le Moyen-Orient. Mais concernant l’aide que pourraient apporter les États-Unis, Trump pour l’instant semble vouloir éviter de s’engager dans ce nouveau bourbier.
Au moment où il cherche à sortir de l’impasse à laquelle a conduit son attaque contre l’Iran, elle s’avère de plus en plus bloquée.