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Dans le monde
Amérique latine
une chasse gardée
Les États-Unis ont fait de l’Amérique du Sud leur chasse gardée depuis le début du 20e siècle. La politique guerrière de Trump poursuit, avec son style particulièrement brutal et cynique celle de de ses prédécesseurs en particulier pendant la guerre froide, qui n’ont cessé de soutenir ou de mettre en place des régimes à leur botte.

De l’invasion du Guatemala en 1953 à celle du Panama en 1989, des coups d’État fomentés par la CIA au Chili en 1973 et en Argentine en 1976, à la liquidation physique, partout, des opposants de gauche, l’impérialisme américain n’a cessé d’affirmer par la force sa domination sur tout le continent.
Mais les interventions américaines ne se sont pas limitées à l’Amérique latine. En tant que principale puissance impérialiste, les États-Unis ont mené de nombreuses opérations, seuls ou sous couvert de coalitions, en particulier au Moyen-Orient ces dernières années : ainsi la première Guerre du Golfe en 1990, puis l’invasion de l’Afghanistan en 2001, l’intervention en Irak en 2003 pour abattre leur ancien allié Saddam Hussein. Il s’agit à chaque fois de lutter contre des régimes qui ont pour défaut, non pas d’être des dictatures – cela, les puissances impérialistes l’admettent parfaitement – mais de vouloir prendre trop d’indépendance, politique et économique.
Aujourd’hui, l’intervention contre le Venezuela se déroule dans un contexte nouveau, celui de l’intensification de la guerre commerciale, en particulier contre la Chine. Depuis les sanctions américaines contre le régime de Maduro, la Chine a considérablement accru sa présence. Elle détient une part majeure de la dette publique vénézuélienne et achète 80 % du pétrole fourni par PDVSA, la compagnie pétrolière appartenant à l’État vénézuélien. La veille encore du coup de force, Maduro recevait un envoyé spécial de Xi Jinping venu renforcer la coopération économique. La presse parle de 600 accords commerciaux, dans le secteur minier, l’électricité, les communications, les transports, mais aussi pour financer la modernisation des champs pétroliers et des infrastructures.
Plus généralement, l’influence de la Chine en Amérique du Sud progresse. Les échanges commerciaux sont passés de 10 milliards de dollars en 2000 à 518 milliards en 2024. Témoin de ce développement, le port de Chancay, au Pérou, inauguré en 2024 et financé par des capitaux chinois, doit permettre un contournement du canal de Panama et des grands ports américains pour l’acheminement des marchandises entre l’Amérique du Sud et l’Asie.
L’intervention des États-Unis au Venezuela est ainsi un avertissement et un rappel, adressé non seulement à ce pays à l’heure où des régimes comme ceux de Colombie ou du Brésil, sans parler de Cuba, voudraient diversifier leurs relations et afficher une politique indépendante : pour Washington, l’Amérique latine, et en fait tout le continent américain, doit rester une chasse gardée. Trump envoie, en particulier à la Chine, un message affirmant qu’elle n’a rien à faire dans ce qui doit être la zone d’influence exclusive des États-Unis.