République démocratique du Congo : les investissements américains sous bonne garde05/05/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/05/une_3014-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-05-05

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République démocratique du Congo

les investissements américains sous bonne garde

Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont annoncé la création d’une « garde minière » destinée à sécuriser l’exploitation de minerais. Dans les faits, elle servira à protéger les intérêts des investisseurs américains.

Le projet de cette unité paramilitaire figurait en effet dans les accords de Washington signés en décembre 2025 sous l’égide des États- Unis entre la RDC et le Rwanda, qui étaient censés mettre fin à la guerre qui ravage l’est de la RDC. La paix n’était cependant pas pour le président américain l’objectif unique, ni même principal. Trump avait pu pavoiser en s’écriant : « Nous obtenons pour les États- Unis une grande part des droits miniers du Congo », car l’accord prévoyait un accès privilégié des entreprises américaines aux richesses minières du pays.

La future garde minière sera financée à hauteur de 100 millions de dollars par les États-Unis et les Émirats arabes unis, ces derniers étant intéressés par l’or extrait du sous-sol congolais. 20 000 gardes devraient être déployés d’ici 2028 dans les vingt-deux provinces minières du pays. Ils devraient neutraliser les bandes de racketteurs et de coupeurs de routes qui sévissent autour des mines. Pour venir à bout des groupes armés les plus importants, comme le M 23 lié au Rwanda, une telle force serait bien insuffisante. Mais c’est de la population congolaise elle-même que la garde minière protégera les investissements américains. Les nombreux gisements non encore exploités industriellement, et sur lesquels lorgnent les compagnies américaines, sont en effet exploités par des milliers de « creuseurs » artisanaux accourus de tout le Congo et des pays voisins qui risquent leur vie dans des trous au bord de l’effondrement. Les chasser définitivement ne sera pas chose facile. Même dans une région aussi contrôlée par le gouvernement congolais que le Katanga, les jeunes et les enfants se faufilent la nuit dans les exploitations minières pour récupérer ce qu’ils peuvent afin d’aider leur famille.

Le déploiement de cette garde s’inscrit aussi dans la lutte pour l’accès aux minerais stratégiques qui oppose désormais les États-Unis et la Chine dans toute l’Afrique, et particulièrement en RDC. Une grande partie des mines du pays avait été concédée à la Chine en 2008 sous la présidence de Joseph Kabila, donnant lieu à ce qu’on avait appelé « le contrat du siècle ». Kabila, auquel a succédé aux élections de 2019 Félix Tshisekedi, est aujourd’hui accusé de collusion avec le M23 et le Rwanda, et condamné à mort en RDC. Accusé de vouloir déstabiliser le régime, il figure désormais sur la liste noire des personnalités visées par les sanctions américaines, ce qui implique le gel de ses avoirs aux États-Unis et l’interdiction de toute transaction avec des sociétés américaines.

Les richesses du sous-sol congolais sont ainsi l’enjeu d’une lutte impitoyable entre prédateurs internationaux. Quant à la population, elle végète dans une des pires misères de la planète et tente de survivre, menacée en permanence par la violence de toutes les bandes armées qui ravagent le pays. À celles-ci devrait donc s’ajouter sous peu la « garde minière ».

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